La crise est bien présente. Celle d’un système, le capitalisme, qui nous entraine dans l’approfondissement des inégalités. Cette crise d'une ampleur sans précédent amplifie les crises climatiques, écologiques, sociales, culturelles et politiques.
L’offensive idéologique de droite qui a soutenu ce système, a envahi le champ politico-médiatique avec des discours basés sur la croissance débridée, l’individualisme à outrance, l’effort pour l’effort, gratuit et sans référence à d’autres valeurs, la réussite - celle qui écrase plus que celle qui promeut, l’anti-égalitarisme, et même jusqu’à des prises de positions xénophobes. Dans ce terreau, ce capitalisme s’est développé sans limite. Sa soit disant autorégulation s’est révélée un mensonge.
Dans ce contexte individualisé et traversé par ce capitalisme agressif, il nous faut reprendre la bataille des idées, des valeurs et des idéaux, des projets basés sur la solidarité et l’émancipation économique et culturelle de chacun et chacune. Il nous faut analyser et pallier à toutes les formes d’exploitation et de domination. De fait, il ne suffit pas de supprimer les dominations sociales pour éradiquer la domination masculine, tout comme œuvrer à construire l’égalité entre hommes et femmes ne peut se faire sans mesurer les inégalités existantes entre femmes ;
tout comme l’accès à l’emploi et au salaire doit inclure les conséquences écologiques et remettre en question nos modes de développements économiques ;
tout comme les revendications liées aux transformations climatiques ne peuvent se faire sans les analyser au regard des inégalités sociales ;
tout comme les injustices socio-économiques ne peuvent se combattre sans remettre l’égalité et les déterminants de la vie sociale au centre des débats.
Ces différentes questions interpellent les différentes forces progressistes, globalement et concrètement pour une nouvelle législature.
La Région bruxelloise, c’est connu, est confontée à une situation paradoxale. Sa situation économique la porte au troisième rang des régions les plus riches de l’Union Européenne. C’est le résultat d’une concentration importante d’activités internationales, financières et commerciales, situées pourtant sur un territoire assez exigu. Bruxelles est non seulement le siège de nombreuses sociétés, d’institutions politiques ou d’administrations publiques nationales ou internationales mais également le lieu d’une activité socio-économique intense, industrielle et de services. L’activité économique de la région est assurée par quelques 33 000 entreprises, dont la toute grande majorité sont des PME. Premier bassin d’emploi, dont 56% sont occupés par des personnes ayant un diplôme d’enseignement supérieur et/ou universitaire, elle concentre cependant, le taux de chômage le plus important du pays.
Par ailleurs, ces richesses sont inégalement réparties parmi sa population et sur son territoire. Les inégalités sociales sont grandes et la Région connaît une dualisation de plus en plus profonde. Elle est confrontée à une forte concentration de problèmes sociaux, le chômage y est croissant : plus de 96 000 personnes au chômage, c’est à dire plus de 19% de la population active. Seulement 46% de l’emploi de la région est occupé par ses habitants. Le chômage des jeunes s’élèvent à plus de 35%. L’accès au logement social et moyen devient de plus en plus difficile si pas impossible pour de plus en plus de gens. La paupérisation est en augmentation : 32% des familles n’ont pas de revenus provenant d’un emploi, une famille sur 20 émarge au CPAS, plus de 30% des familles avec un enfant et plus, sont en situation de monoparentalité, dont plus de 86% de femmes. Les "bénéficiaires" de l’aide sociale sont de plus en plus nombreux et parmi eux un nombre de jeunes croissant. Les besoins sociaux sont criants en particulier dans de nombreux quartiers du centre de la région, que l’on appelle le « croissant pauvre » . Dans ces quartiers, un universitaire a trois fois moins de chance de trouver un emploi, dans ces quartiers une femme quelque soit son diplôme ou certificat, a quatre fois moins de chance d’accéder à l’emploi. Et que dire de l’échec scolaire plus marqué dans la Région bruxelloise que dans les autres régions.
Ces constats tout comme les prévisions démographiques de la Région interpellent tous les acteurs, tous les responsables qu’ils soient engagés dans l’action sociale, dans l’action culturelle, dans l’intervention politique ou dans la négociation socio-économique. La nouvelle législature doit être l’occasion de mobiliser tous les acteurs et responsables de la Région autour de projets et de décisions qui octroient plus de qualité de vie, plus de redistribution sociale, plus d’égalité dans l’éducation dans l’accès à la culture, la santé, le logement, mais aussi pour une qualité de vie basée sur un autre modèle que celui qui nous fut imposé pendant plus de deux siècle.
Il faut donner plus de souffle, d’ampleur et de soutien aux projets progressistes solidaires et durables pour Bruxelles en les intégrant également (à tous les niveaux de pouvoirs) dans nos projets pour une Europe plus démocratique, plus sociale et plus écologique. Un projet pour la Région de demain, diversifiée, créatrice, productrice de bien-être pour tous, plus autonome, plus égalitaire, plus à l’écoute de ses habitants. Un projet qui engage les pouvoirs publics et les Bruxellois et Bruxelloises par un contrat de solidarité et d’avenir. Les termes de ce contrat doivent être proposés puis définis après de larges débats publics associant les organisations sociales et économiques, les mandataires politiques, les habitants et les associations.
Il nous faut promouvoir un modèle urbain dans lequel le développement économique ne se fonde pas sur la concurrence et les inégalités, mais bien sur la coopération et les services collectifs. Ceci implique des transformations radicales dans nos manières de consommer et de produire. Ce ne pourra se faire que si nous respectons les exigences de justice sociale dans les politiques que nous devons mener. Nous voulons promouvoir une croissance plus qualitative pour tous, des modes de développements durables, solidaires et citoyens et des politiques positives améliorant la cohésion sociale.
Le capitalisme n’est pas une fatalité.
Ces combats-là, nous voulons que les gens puissent les gagner ensemble, rassurés par de fortes solidarités. Nous ne voulons pas que prédominent l’angoisse de l’exclusion ou que les replis individualistes, intégristes ou conservateurs s’amplifient.
C’est pourquoi, les signataires de cet appel vous proposent cinq priorités pour ce contrat :
1. Emplois de qualité et développement économique et durable
Dans ce contexte de mutations économiquess et démographiques actuelles, la Région doit évaluer et repréciser le C2E (Contrat pour l économie et l’emploi à Bruxelles) afin de rencontrer certains des objectifs qui traversaient le Contrat et mettre en oeuvre ce qu’il faut pour :
- promouvoir une économie dans laquelle on vise le plein emploi
- développer une économie répondant aux opportunités du nécessaire progrès environnemental
- développer et valoriser les métiers liés à l’environnement et la qualité de vie. Vértable réservir d’emplois, ces nouveaux secteurs d’activités économiques nécessitent de nouvelles filières de formation.
- innover dans la création d’emploi de qualité en s’appuyant sur les ressources intellectuelles et productives de la Région ;
- soutenir un développement adapté au milieu urbain des entreprises industrielles et artisanales, des secteurs à forte intensité de main d’œuvre ;
Réorienter les outils d’expansion économique pour soutenir les secteurs porteurs d’emploi pour les bruxellois : filières vertes, commerce, horeca, culture, tourisme, secteur non marchand.
- promouvoir et développer l’économie sociale en tant qu’alternative à l’économie concurentielle et de profit
- renforcer dans ce cadre, le secteur non-marchand e ;
- lutter contre les discriminations à l’embauche ;
- développer les offres de formation répondant aux besoins et défis bruxellois;
- renforcer les dispositifs de formation qualifiantes pour tous ;
- renforcer l’articulation entre les politiques de formation, d’emploi et d’enseignement, dans le respect des spécificités des acteurs concernés en favorisant l’emploi bruxellois
- prendre les mesures adéquates qui permettent à la population bruxelloise d’accéder à l’emploi dans les services publics
- combattre le chômage et non les travaillleurs au chômage.
2. Santé et mieux vivre
3.
Les questions de la santé, du social et du « mieux vivre » ne peuvent être réduites à des aspects techniques ou sanitaires. Elles doivent être inscrites dans une approche cohérente de santé publique et de qualité de vie. Basées tout autant sur une prise en considération des déterminants de la santé et de la capacité d’avoir une vie sociale satisfaisante, elles doivent prendre en compte les dimensions d’accessibilité, de qualité des soins, des limites financières d’une partie de plus en plus importante de la population, des repères culturels et des besoins sociaux, des milieux de vie, de travail et d’habitat :
- refuser la privatisation et la marchandisation de la santé et du social ;
- défendre le droit pour tous d’accéder à la prévention et aux soins dans un cadre fédéral de maintien et de défense du droit à la sécurité sociale ;
- soutenir et renforcer les missions socio-médicales des généralistes ;
- défendre l’exercice des missions publiques de santé, d’accueil, et de soins des hopitaux régionaux partenaires de la politique sociale de santé ;
- financer correctement les moyens d’aide et de soins à domicile et des besoins sociaux révélés (démographiques, handicaps, répit, soutien aux familles…) ;
- mieux définir et reconnaître les métiers de l’aide à domicile ;
- favoriser une plus grande intégration des personnes handicapées dans tous les aspects de la vie économiqiue, sociale et d’accès au logements adaptés
- prendre en considération des situations de vie des personnes handicapées et du soutien nécessaire aux familles (hébergement, dispositifs de répit, mobilité,…)
- établir et soutenir une politique de santé mentale spécifique
- améliorer la promotion de la santé et la prévention ;
- veiller à la protection de la santé des enfants notamment par le renforcement de la promotion de la santé à l’école et des « écoles en santé » ;
- améliorer l’accès pour tous à une alimentation durable, bon marché et bénéfique pour la santé et l’environnement.
- revendiquer le droit pour les personnes âgées, sans discrimination de leur appartenance régionale à une assurance autonomie en phase avec ses besoins (compétence fédérale).
- et dans la poursuite de cette volonté, soutenir et développer les centres de jour et de soins de jour tout en privilégieant les approches intergénérationnelles solidaires et innovantes,
3. Logement
Avoir un logement, c’est un droit fondamental inscrit dans l’article 23 de la constitution. Mais ce droit ne peut être impayable et l’absence de logement ou son insalubrité sont autant de causes d’exclusion. En 5 ans, les prix moyens locatifs ont augmenté de 30% sur Bruxelles, le prix d’acquisition d’une maison de plus de 31%, celui des appartements de plus de 37%. Face à la flambée des prix, il ne reste comme choix pour beaucoup de ménages que de quitter Bruxelles ou de rester dans un logement à la limite de la salubrité. C’est par l’intervention des pouvoirs publics, en tant que régulateur du marché du logement, que la situation peut s’améliorer. Pour rencontrer cet objectif, quelques priorités doivent être prises en compte :
- améliorer l’accessibilité au logement social tout en poursuivant sa rénovation ;
- favoriser la participation des habitants de logement social par la mise en place d’un conseil consultatif dans chaque SISP et en dotant le Conseil Consultatif du logement de moyens suffisants ;
- développer une politique du logement en faveur des familles ;
- favoriser les économmies d’énergie orientées principalement vers les revenus faibles et les collectivités.
- soutenir l’accès des particuliers, ayant un faible revenu, à la propriété ;
- augmenter le parc de logement public. Les évolutions démographiques de la Région doivent être anticipées et inscrites dans le cadre d’un plan global qui intègre également les d’équipements, les services de proximmité, l’accueil de la petite enfance et l’environnement public (parcs, squares, lieux collectifs et de rencontres);
- établir une relation plus étroite entre le loyer et les revenus par une détermination plus objective de la valeur locative normale dans le logement social ;
- maintenir le moratoire sur la vente du patrimoine social ;
- encadrer les loyers du secteur privé (compétence fédérale).
- Appliquer et amlplifier les mesures concernant les logements abandonnés.
4. Enseignement
L’enseignement est une mission de service public. Cette mission doit être concrétisée de manière à ce que tous les enfants y trouvent leur place et soient traités de façon juste. C’est dire que le service public se doit de combattre les logiques de concurrence et de ségrégation en refusant toutes formes de marchandisation de l’école. Ces objectifs doivent être concrétisés en Région bruxelloise :
- En mettant en œuvre ldes principes essentiels de la Charte associative
- En mettant en œuvre le « décret concernant l’encadrement différencié
- En donnant la priorité à la revalorisation de l’enseignement qualifiant
- En mettant en place les instances de pilotage et de dialogue entre l’offre et la demande sur des Zones (bassins)
- En rencontrant les premiers problèmes d’apprentissage pour les enfants ne maitrisant pas la langue d’enseignement, notamment en rendant obligatoire l’inscription en 3e maternelle
- En rencontrant les exigences de connaissance de la 2e langue nationale par le développement d’enseignements bilingues
- En concrétisant certaines des propositions formulées dans le C2E en ce qui concerne les articulations à établir entre l’enseignement, la formation et l’emploi, propositions à mettre en oeuvre par les pouvoirs politiques des 2 communautes et de la région bruxelloise
- En développant les classes passerelles
- En offrant à tout jeune un enseignement de qualité, ce qui implique :
o d’offrir un stage formatif en entreprise durant le 3e degré de l’enseignement technique et professionnel ;
o de développer de manière qualitative et quantitative l’alternance en RBC en impliquant tous les acteurs concernés ;
o de mettre en œuvre, voire amplifier, le décret concernant le financement différencié ;
o de résoudre la pénurie d’enseignants en complétant le décret la concernant ;
o de favoriser l’apprentissage des lanques tant en ce qui concerne la langue d’enseignement que la seconde langue régionale.
5. Jeunes
Bruxelles c’est aussi une Région jeune, dotée de ressources et de potentialités. Mais ces potentialités n’ont pas le même impact sur l’ensemble de la jeunesse. Une part de celle-ci a à faire face à des difficultés majeures. Ses difficultés concernent leur faible taux de qualification avec 28% des 20-24 ans qui quittent l’école sans diplôme. Elles se traduisent aussi par un taux de chômage élevé chez les moins de 25 ans c’est-à-dire plus de 30%. En outre, près de 20% des 18-25 ans dépendent de l’aide sociale. De même, le marché immobilier impose des prix de location ou d’achat très élevés réduisant la mobilité des jeunes.
Les objectifs de solidarité que nous voulons promouvoir doivent se traduire dans ce Contrat. Un contrat de solidarité et d’avenir qui donne une priorité entre autres aux jeunes dans tous les domaines, de l’enseignement à la culture, en passant par la recherche scientifique, l’accès pour tous à l’énergie, la mobilité, la revitalisation des quartiers, l’aménagement du territoire, l’accès aux sports, à l’autonomie financière, la lutte contre la pauvreté, le besoins de sécurité, tout en favorisant et développant la valorisation des échanges intergénérationnels.
Ce contrat doit être proposé, débattu, négocié avec les jeunes. Il doit reprendre entre autres des propositions qui permettent :
- d’offrir aux jeunes les moyens de bâtir des projets de vie à long terme ;
- de casser l’image dévalorisante des filières techniques et professionnelles ;
- de favoriser la vie des jeunes dans leur quartier tout en encourageant les rencontres entre les jeunes d’autres quartiers dans cette ville qui est riche de sa potentialité de sa diversité internationale et multiculturelle.
- d’offrir aux jeunes des espaces de débats et de consultation sur les questions qui les concernent.
Cet appel est ouvert à la signature de tous. Signatures à envoyer pour le mardi 12 mai à 12h00 au plus tard chez daniel.fastenakel@mocbxl.be, theunissenaf@yahoo.fr
Je signe !